Le NMQ… a un an : COMME UN LONG RETOUR CHEZ SOI

Il y a un an très exactement, Brisons l’impasse, le premier manifeste du Nouveau Mouvement pour le Québec (NMQ) était publié. À la une des grands médias, il aura fait grand bruit. Il aura aussi préfiguré, en quelque sorte, par les appels très clairs qu’il contenait, le printemps québécois, une certaine reprise en main du politique par les citoyens et un ressaisissement du camp souverainiste. Bilan de cette année écoulée.

Depuis l’an dernier, nous n’avons jamais eu l’occasion de revenir sur la publication de notre premier manifeste Brisons l’impasse. Or, un certain nombre de choses méritent d’être connues du grand public. Pour la petite histoire. Parce qu’il y en a une.

Jocelyn Desjardins, porte-parole du Nouveau Mouvement pour le Québec.

La première est que le NMQ n’est pas né le 16 août 2011, le jour de la publication dans les médias québécois, mais le 2 juillet de la même année. Au cours d’une réunion tenue avec une vingtaine de personnes à Montréal, en plein été, nous avons réfléchi à l’état, en quelque sorte, de l’indépendantisme au Québec. Pour cela, nous avons remonté les statistiques jusqu’en 1960 et passé en revue les argumentaires et la démarche. Ainsi est né le projet de traduire nos préoccupations dans un manifeste. Ainsi est né également le NMQ.

À l’époque, ce qui était clair pour nous, c’est que nous souhaitions vraiment que les indépendantistes relèvent la tête. Nous souhaitions aussi travailler aux conditions sociales de l’indépendance. Le PQ avait chuté à 16 % dans les intentions de vote. Le briseur de rêve François Legault faisait le paon en caracolant en tête des sondages. Nous étions décidés à lui barrer la route, déterminés à ce que les indépendantistes n’aient plus le cafard après un 2 mai 2011 déchirant et déprimant. Alors, nous avons travaillé tout l’été pour qu’au retour, avant que la saison politique ne s’amorce, l’on puisse secouer les cocotiers qu’il fallait.

Certaines personnes nous ont reproché de profiter de la vague créée par les quatre députés démissionnaires. Il n’en est rien. Nous les avons informés de notre démarche, sans plus, et préparé notre manifeste ensuite, en équipe. Pour le reste, nous avons véritablement fonctionné de façon autonome jusque dans les quelques jours qui ont précédé la publication où nous les avons à nouveau informés des contenus en voie d’être publiés. Quand à Jean-Martin Aussant, avant même la rencontre qui a consacré la naissance du NMQ, en juillet dernier, j’ai rencontré l’actuel chef d’Option Nationale. Avec un PQ à 16 %, nous avions besoin (les indépendantistes) d’une police d’assurance et c’est pourquoi, dès lors, je l’ai personnellement encouragé à former un parti, puisqu’il en avait manifestement l’intention. J’ai par la suite participé à une autre réunion avec lui, début septembre, où je l’ai de nouveau invité à créer un parti. Mais dès le début du mois d’octobre, les contacts entre lui et moi se sont réduits. Il semble, à l’époque, que beaucoup de gens demandaient si Option nationale, ce n’était pas le bras politique du Nouveau Mouvement pour le Québec. Il est normal, dans les circonstances, que Jean-Martin Aussant ait cherché à se distinguer du NMQ pour mieux établir sa marque et son chemin.

Les députés Jean-Martin Aussant, Lisette Lapointe et Pierre Curzi, que l’on voit ici sur la photo, étaient présents à la toute première assemblée citoyenne du Nouveau Mouvement pour le Québec.

Une semaine plus tôt, durant le congrès de la Comission-Jeunesse du Parti libéral du Québec, des membres du bureau du premier ministre Jean Charest se promenaient parmi les journalistes et militants libéraux en exhibant un brouillon du Manifeste du NMQ et  en faisant valoir à tous, tout en salivant sans doute, que ce texte allait « faire très mal » au Parti Québécois.

Mais revenons au manifeste Brisons l’impasse. Le 16 août 2011, celui-ci est publié. Il fait les une de journaux et nous accordons ce jour-là des entrevues en quantité industrielle. La Presse n’y a retenu que deux mots : « usé » et « confus ». Mais ce que peu de gens savent est qu’une semaine plus tôt, durant le congrès de la Comission-Jeunesse du Parti libéral du Québec, des membres du bureau du premier ministre Jean Charest se promenaient parmi les journalistes et militants libéraux en exhibant un brouillon de ce manifeste (jusqu’à ce jour, je n’ai jamais compris comment ils ont pu en obtenir copie ayant gardé un contrôle strict sur les accès au document) en faisant valoir à tous, tout en salivant sans doute, que ce texte allait « faire très mal » au Parti Québécois. Je l’ai su, car lors d’une entrevue en différé, un journaliste m’a cité un extrait qui n’a jamais été publié. J’ai alors compris qu’une autre version que celle publiée dans les journaux avait circulé sous le manteau et bien candidement, le journaliste a avoué avoir obtenu sa copie d’un membre du bureau du premier ministre, une semaine auparavant.

Est-ce pour cette raison que La Presse a montré beaucoup d’insistance pour obtenir la primeur de la publication de notre manifeste? Est-ce que des personnes du cercle rapproché de Jean Charest les avaient aussi mis au courant dans le but d’influencer à l’avance la couverture qui en était faite? Je n’en sais rien. Tout ce que je sais est que Brisons l’impasse disait certaines choses sur l’état politique du Québec et que la couverture journalistique n’en a retenu que les aspects les plus susceptibles de servir de preuve supplémentaire de la division au sein de la famille indépendantiste. Certains quotidiens sont ainsi faits qu’ils préfèreront toujours les chicanes aux idées, les humeurs aux réflexions. Les premiers font de la meilleure copie. Et c’est un ancien journaliste qui vous écrit cela.

Brisons l’impasse a été rédigé dans un moment de crise au sein de la famille souverainiste. Prenant acte de cette crise, laquelle frappait de plein fouet le principal vaisseau amiral de l’indépendance et reflétant son ampleur, ce manifeste s’est voulu une manière d’en sortir. Il était impératif pour nous de tout faire pour éviter que cette crise n’emporte avec elle l’idée d’indépendance.

Or, ce que nous avons défendu dans ce manifeste est que pour sortir de cette crise, il fallait que le mouvement indépendantiste redevienne ce qu’il a longtemps été et ce qu’il aurait toujours dû continué d’être, un mouvement social, avant d’être un mouvement politiquement organisé. L’idée de pays ne saurait être le monopole d’un seul parti. Il peut certes en être le principal porteur politique, mais le projet de pays ne verra le jour que sous l’impulsion d’un mouvement social mobilisé. Nous avions convié dans ce manifeste les citoyens à reprendre le crayon de pays, à dessiner eux-mêmes leur avenir, leur pays. Car c’est de cette façon que notre pays viendra. Je crois qu’au cours du printemps québécois, ils en ont esquissé une partie.

Le Monolys, une oeuvre de Simon Beaudry, est devenu l’emblème officiel du Manifeste du Nouveau Mouvement pour le Québec, Brisons l’impasse.

Il y a des choses que disait le manifeste et il y a des choses qu’il ne pouvait pas dire.

Il y a des choses que disait le manifeste et il y a des choses qu’il ne pouvait pas dire. Il ne pouvait pas dire, par exemple, l’expérience qui était la mienne et la vision qui m’animait. Il ne pouvait pas dire que j’ai travaillé à Greenpeace durant deux ans et y ai appris ce qu’il est important de faire, politiquement, lorsqu’une discussion publique tourne en rond depuis trop longtemps : mettre le poing sur la table. Tout simplement. Comme on le ferait autour d’un repas, entre amis ou en famille, quand rien ne va plus. C’est la philosophie derrière les actions directes de cette organisation. Mettre le poing sur la table, oui, faire connaître à tous nos critiques avec force, viser chacun directement, leur dire combien ils sont tous responsables des blocages, dire à quoi ça devrait ressembler. Quand cela arrive, les gens traversent successivement les stades de la surprise, de la nécessaire réaction, de la réflexion sur ce qui s’est passé, de l’introspection et, enfin, du positionnement. Ça vaut aussi pour les partis politiques. C’est presque une science exacte : quand quelqu’un met le poing sur la table, à la fin, même si cela prend du temps, tous les participants à la table n’ont d’autres choix, tôt ou tard, que de se positionner…

C’est vraiment l’esprit qui nous aura guidé en 2011. Nous savions que nous subirions l’opprobre pour de telles positions, comme mouvement, mais aussi au plan personnel. Mais nous étions convaincus que nous avions plus de chances de contribuer à l’idée de pays, de travailler à la mobilisation des forces sociales du Québec, de faire en sorte que les forces politiques de l’indépendance se resserrent les coudes, si nous n’acceptions pas nous-mêmes de prendre de tels risques et de poser nous-mêmes le poing sur la table.

Voilà l’esprit derrière ce manifeste qui fit grand bruit à sa sortie. Cet esprit, nous avions décidé de le poursuivre bien après la publication. Au risque de passer pour mauvais joueurs. Nous estimions que pour secouer le cocotier des indépendantistes, il fallait maintenir une certaine pression sur les élus du Parti Québécois par le biais des médias. Nous avions décidé de le faire jusqu’à la fin septembre 2011, moment où son caucus était réuni au Saguenay-Lac-Saint-Jean. Après quoi, nous nous étions promis de nous montrer plus circonspects.

Le succès de cette assemblée tenait à cette soif de pays, à ce désir d’indépendance que de nombreux militants voyaient s’éteindre au fur et à mesure que s’amplifiait la crise au sein du mouvement souverainiste.

Mais retour à nouveau au manifeste. Cinq petits jours après sa publication donc, nous avons organisé une assemblée citoyenne au Cégep de Saint-Laurent, laquelle a réuni plus de 450 personnes sur place et 800 personnes en diffusion directe, des militants de longue date, aux indépendantistes des jeunes générations – ceux qui étaient trop jeunes pour voter Oui en 1995 –, en passant par les nationalistes déçus des partis politiques ou des citoyens ayant simplement soif de pays. Certains d’entre eux étaient venus d’aussi loin que du Lac-Saint-Jean, de l’Abitibi et la Gaspésie, en croyant participer à un moment historique : la mise sur pied de la toute première assemblée constituante du Québec! Le succès de cette assemblée tenait à cette soif de pays, à ce désir d’indépendance que de nombreux militants voyaient s’éteindre au fur et à mesure que s’amplifiait la crise au sein du mouvement souverainiste. L’idée d’indépendance pour un peuple ne saurait mourir. Il ne peut que vivre tant et aussi longtemps que vivra ce peuple. Il en est de même pour nous au Québec. Lors de cette assemblée, plusieurs citoyens revendiquèrent le besoin pressant de faire le point sur l’idée de souveraineté, de reprendre l’initiative citoyenne sur le projet de pays. L’idée de tenir des États généraux sur la souveraineté est née de ce désir unanimement exprimé parmi la foule nombreuse des militants de cette première assemblée.

Le 21 août 2011, pour la première assemblée citoyenne du Nouveau Mouvement pour le Québec, 450 personnes étaient présentes au Cégep Saint-Laurent et 800 personnes étaient présentes via le webdiffusion.

C’est ça toute la force du NMQ. Nous sommes un instrument de changement. Modeste, il est vrai, mais nous participons à modeler le paysage indépendantiste. La plupart des fois où nous posons le pied, il se crée de l’espace politique, de l’air pour créer, des événements surviennent, les idées s’entrechoquent et nous voilà repartis de plus belle.

 

C’était comme ça à l’automne 2011, au cours duquel nous avons tenu quatre assemblées citoyennes : à Montréal, Québec, Gatineau et Sherbrooke. Les États généraux sur la souveraineté ont pris leur véritable envol à Montréal, c’est là qu’ils ont pris racine dans le réel pour la première fois, puisque c’était une demande clairement formulée dès les toutes premières minutes de la rencontre et unanimement approuvée. Notre assemblée de Québec nous a amenés à prendre conscience de toute l’importance de préparer un document sur la langue française. Document que nous avons dévoilé à notre assemblée de Gatineau. Enfin, à Sherbrooke, se sont profilées nos positions sur la Constitution de 1982, dans une Déclaration que nous avons publiée en avril à l’intention du Canada anglais.

L’humoriste François Parenteau était présent lors des assemblées citoyennes du NMQ de Montréal et de Québec.

Loin d’être un « cheminement », c’est une « régression » à laquelle François Legault nous convie.Le 12 janvier 2012, j’ai publié Lettre à un ami démissionniste, où je lui ai dit toute la peine que j’ai à voir quelqu’un abandonner ses principes, renier ses convictions, tourner le dos au rêve d’indépendance, pour la simple perspective d’espérer devenir l’intendant d’un demi-État. Pour l’espoir de pouvoir gouverner une simple province. Il est allé jusqu’à troquer l’idée de pays. J’écrivais qu’en « abandonnant ses idéaux, l’homme politique transmet une perte de sens. […] En effet, lorsqu’on échoue à ses propres rêves, les rêves des autres n’ont plus de sens ». Car au fond, ce que propose le parti de Legault, c’est l’abdication et l’abandon maquillés en statu quo. « À quelle sorte de destin politique est voué un peuple dont le seul projet collectif ne tient plus qu’à des questions d’intendance? » écrivais-je alors. « La subordination, la soumission ou la minorisation est ce qui attend tout peuple qui perd de vue, ne serait-ce que le temps d’un mandat, son destin national. ». Loin d’être un « cheminement », c’est une « régression » à laquelle François Legault nous convie. Est-ce un hasard si, après la publication de cette lettre, la CAQ s’est mise à chuter dans les intentions de vote? Qui sait? Ce qui est important de retenir de cette histoire, c’est que nous avons cherché à parler à l’âme d’éventuels « démissionnistes » et il est louable de penser aujourd’hui que cet objectif a pu être atteint.

Le NMQ est demeuré un instrument de changement aussi, au printemps. Nous avons appuyé le mouvement étudiant, bien sûr pour ses revendications légitimes, mais surtout pour travailler aux conditions sociales de l’indépendance. Pour nous, le printemps érable fut une occasion d’appuyer la création, en quelque sorte, d’un « haut-parleur social » dont nous avons impérieusement besoin pour qu’aboutisse le projet de pays. C’était pour nous tous une démonstration à faire de notre capacité collective à former à nouveau un mouvement social. Après neuf ans où il ne se passait plus grand-chose au Québec, cela constituait pour nous un formidable écho à l’appel que nous avons lancé dans notre manifeste du mois d’août à libérer la parole. Sans elle, aucune indépendance n’est possible. Mais surtout, derrière le printemps érable, nous refusions ce discours d’abdication des institutions politiques et de ses acteurs au pouvoir face à notre destin collectif, au nom des impératifs du libre marché, du réalisme politique mortifère, d’une vision comptable de la société, de la nécessaire création de la richesse à tout prix, etc. On nous a accusés de prendre un virage à gauche au cours de ce printemps. Soit. Pour nous, nous n’avons qu’une seule idée en tête et c’est l’indépendance. S’il faut un temps rallier à gauche, faisons-le. S’il faut un temps rallier à droite, faisons-le aussi. Mais continuons toujours d’avancer. Nous disons aux indépendantistes de droite que nous avons besoin des indépendantistes de gauche pour faire l’indépendance, nous avons besoin de leur capacité extraordinaire de soulever et de mobiliser et c’est pourquoi, il faut appuyer la gauche indépendantiste lorsqu’elle se mobilise. Elle rêve d’un pays elle aussi. Et les indépendantistes de gauche ont besoin des indépendantistes de droite pour faire entrer la parole indépendantiste dans des cercles où ceux-ci ont plus de difficultés à se rendre.

Il ne faut pas que les gens de droite lèvent le nez sur la gauche (et vice-versa) alors qu’au fond nous sommes certainement capables en ce moment, plus que jamais, de nous rapprocher de la possibilité de faire ensemble ce pays.

Au cours du même printemps, nous avons fait paraître la déclaration Un Québec qui reprend ses ailes. À ce moment, cela faisait exactement un an qu’une élection fédérale portait au pouvoir un gouvernement majoritaire sans l’appui du Québec. Et cela faisait également 30 ans que le gouvernement du Canada adoptait la Constitution, sans le consentement du Québec. Nous voulions exprimer que ces deux événements témoignent d’une rupture symbolique entre le Canada et le Québec, du choc de nos identités et aspirations nationales. Que ces deux événements, le Rapatriement et le 2 mai 2011, trouvent leur origine dans une culture patriotique de plus en plus unitaire au Canada, qui se heurte au désir québécois d’exister comme nation. Une culture canadienne qui trouve dans la Constitution tous les moyens d’un État unitaire. Pourtant, il y a toujours deux imaginaires sociaux et deux imaginaires politiques distincts, deux nations qui aspirent toutes deux à leur plein épanouissement.

« L’avenir du Québec comme nation se trouve à l’extérieur du Canada », écrivions-nous. « Les Québécois n’ont aucun avenir ni aucune place en tant que nation au sein de cet État unitaire, à moins qu’ils ne consentent à exister selon les termes établis par la nation canadienne à la culture patriotique de plus en plus unitaire; à moins qu’ils ne se plient et qu’ils n’existent que comme simple élément de la mosaïque canadienne; enfin, à moins qu’ils n’acceptent de cesser d’exister comme nation ».

L’ex-premier ministre du Québec, Bernard Landry, a signé la Déclaration du NMQ au Canada anglais et est venu faire un petit discours lors de l’un de nos Lundis de l’indépendance, le 20 juillet dernier.

Cette déclaration, signée par plus de 800 personnes, dont l’ex-premier ministre Bernard Landry, nous a valu une petite couverture dans les grands journaux du Canada anglais. Dans les pages de commentaires de ces médias, on pouvait lire toute l’aversion qu’entretiennent de nombreux Canadiens anglais, notamment de l’Ouest, envers le Québec. L’argument qui revenait le plus souvent est que nous n’avons pas les moyens de devenir indépendants puisque nous sommes une des provinces qui recevrait le plus de la péréquation canadienne. Non seulement cet argument est-il faux (en chiffres absolus, ça peut donner cette impression, car le Québec est populeux), car si nous divisons la part de la péréquation reçue par le Québec par habitant, nous sommes parmi les dernières provinces canadiennes à recevoir des fruits de cette péréquation. Peu importe, cette déclaration fait maintenant partie du patrimoine écrit du NMQ et ajoute aux arguments déjà évoqués dans Brisons l’impasse et à la nécessité de se constituer politiquement, de réaliser notre indépendance politique.

C’est  le 3 juin 2012 que l’expression « Front uni » a été utilisée pour la première fois.

Le 3 juin dernier, lorsque le NMQ a organisé une assemblée citoyenne avec la présence de Léo Bureau-Blouin, Ianik Marcil, Hugo Latulippe, Léa Clermont-Dion et Brigitte Haentjens, un nouvel espace politique s’est en quelque sorte ouvert aux indépendantistes, là encore. Les citoyens présents provenaient encore de toutes les grandes tendances au sein de la grande famille indépendantiste. À la question posée lors de cette assemblée concernant l’appartenance partisane des personnes présentes à ce moment-là, nous avons eu comme réponse : un quart s’affichaient comme militants de Québec solidaire, un quart d’Option nationale, un quart du Parti Québécois et un quart se déclaraient comme étant « non alignés ».

De gauche à droite, les panélistes de notre assemble citoyenne du 3 juin 2012: Jocelyn Desjardins, Ianik Marcil, Léa Clermont-Dion, Hugo Latulippe, Léo Bureau-Blouin et Brigitte Haentjens.

Il s’est dégagé de cette journée de débats toute l’importance d’appeler l’ensemble des partis politiques indépendantistes à se présenter unis dès le déclenchement de la prochaine campagne électorale. Encore là, cette demande était unanime. C’est là aussi que l’expression « Front uni » a été utilisée pour la première fois. Pour le NMQ, « la principale leçon du printemps érable, c’est l’union des forces et la solidarité des leaders étudiants. Le même principe doit s’appliquer aux forces souverainistes et progressistes », croyons-nous.

Munis de cette demande de notre assemblée citoyenne du 3 juin 2012, le NMQ a entamé des pourparlers avec Dominic Champagne, Pierre Curzi (qui venait tout juste de faire un appel à l’unité dans les journaux lui aussi), Alexis Martin, François Parenteau et plusieurs autres citoyens, dont certains qui étaient présents à la rencontre du 3 juin. Puis, quelques jours plus tard, les choses se sont accélérées quand un deuxième groupe de citoyens animés de la même vision que la nôtre, dont Geneviève Rochette, Dominique Leduc, Léa Clermont-Dion et Christian Bégin, nous ont appelés à nous joindre à leurs efforts. Tout cela a débouché sur l’Appel au Front Uni qui a recueilli 12 000 signataires. Ceux-ci en ont appelé à la planification d’une stratégie électorale commune en vue de la prochaine campagne électorale générale entre les trois partis souverainistes et progressistes actuellement représentés à l’Assemblée nationale. Cet appel n’en a jamais été un pour une coalition politique, mais uniquement pour la constitution d’un front uni en vue de la prochaine élection générale. Des discussions ont été engagées entre ces trois partis sous la médiation de Réjean Parent, ex-président de la Centrale des syndicats du Québec (CSQ).

Pierre Curzi a participé aux travaux ayant menés à l’Appel au Front Uni.

Nous saluons le fait que les partis politiques indépendantistes ont accepté d’engager des discussions relatives à cet Appel au Front Uni. Cependant, l’imminence de cette élection leur a laissé finalement peu de temps pour parvenir à une entente globale. Cette situation démontre une fois de plus toute l’importance d’élections à date fixe, une proposition que partagent d’ailleurs les trois partis visés par cet appel, tout comme ils se partagent aussi ces éléments de contenus :

○      L’abrogation de la Loi 12 et l’amnistie des citoyens et organismes sanctionnés en vertu de cette Loi;

○      L’annulation de la hausse des droits de scolarité universitaires pour l’année 2012-2013;

○      L’abolition de la « contribution santé » instaurée en 2010;

○      Une modification en profondeur de la Loi sur les mines;

○      La Convocation d’une assemblée constituante;

○      L’instauration du droit d’initiative populaire;

○      et l’instauration d’élections à date fixe.

Ce dialogue initié entre les trois formations politiques indépendantistes, peu importe ce qu’il adviendra de la prochaine élection, devra se poursuivre. En effet, la réalisation du pays doit passer par la collaboration de toutes les forces politiques indépendantistes. C’est une nécessité, un devoir politique d’arriver à cette unité. Les indépendantistes doivent se sortir de la politique du ressentiment ou de la méfiance. Ils doivent éviter les réflexes de replis et de soustractions dans lesquels nous ont conduits les années Bouchard et Charest et dans lesquels nous entraîne la présente élection. Ils doivent se remettre à pratiquer une politique de l’addition, de la concentration des forces, au-delà de leurs vils corporatismes politiques.

Voilà en quoi se résume pour notre équipe, pour notre mouvement citoyen, notre première année politique d’existence. L’unité politique, nous l’avons plaidé toute l’année. Au fond de nous, nous savons qu’un jour nous y arriverons. Parce que nous savons que cette unité, nous sommes capables de la faire entre citoyens. Parce que nous avons malgré tout bien travaillé aux conditions sociales de l’indépendance, si bien que l’indépendantisme a relevé la tête aujourd’hui. Parce que nous sommes capables entre nous d’affranchir toutes les distances et de retrouver cette fraternité qui nous unit, retrouver cet esprit de société, retrouver la trame d’espoir tissée par tant de générations et de peuples épris de liberté.

Nous avons été un peu surpris, il faut l’avouer, par l’intérêt suscité l’été dernier par Brisons l’impasse dans le grand public. Surpris aussi par le nombre de gens qui sont venus à toutes nos assemblées. Mais quand on va vraiment à la rencontre des gens, autrement que pour leur vendre un programme politique, pour solliciter leur vote, mais pour les écouter, ceux-ci vous le rendent bien. Mais au-delà de tout ça, si le NMQ a pu susciter tant de discussions et d’adhésions, c’est que ce manifeste et plus tard l’Appel au Front Uni ont su répondre à un besoin largement répandu chez les indépendantistes. Celui de resserrer les coudes, de se redresser et de repartir avec un nouveau souffle. Pour le pays à venir, pour qu’advienne ce pays.

Et si le NMQ existe toujours, un an plus tard, c’est qu’il continue de savoir répondre à ce besoin. À chacune de nos assemblées citoyennes, à chacun de nos Lundis de l’indépendance, des membres de chacune des formations politiques indépendantistes s’y rassemblent en compagnie de non-alignés. C’est l’un, sinon le seul forum où les indépendantistes de toute tendance peuvent se rassembler pour discuter, échanger sans avoir à regarder son adversaire indépendantiste avec des yeux en chiens de faïence.

Loin des pressions exercées par les partis pour garder la ligne de chaque formation, le NMQ est le lieu d’un bouillonnement politique exceptionnel pour les indépendantistes. Un lieu un peu secret, parce qu’encore peu couvert par les médias. Mais entre vous et moi, je préfère que ce lieu nous appartienne à nous, les indépendantistes, plutôt qu’il ne devienne trop connu des canadianistes du PLQ et des briseurs de rêves de la CAQ. Cela nous permet de nous retrouver et de préparer, entre nous, avec un certain recul nécessaire à une bonne planification, la prochaine vague, la prochaine grande surprise, l’énergie qui ne nous arrêtera plus. En quelque sorte, du poing sur la table de cuisine, nous sommes ainsi passés au salon familial. Ces choses-là prennent du temps, mais oui, nous sommes sur la bonne voie.

Les indépendantistes ont fait beaucoup de chemin depuis un an. Au cours de cette élection, ils doivent se garder de continuer à se diviser. C’est notre devoir à nous, indépendantistes. Celui de rallumer l’espoir, de rallumer la capacité d’émerveillement. Celui de se retrouver à l’aube d’une seule amitié. Celui de rallumer notre force, celle qui couronnera de victoires nos rêves. Ces rêves où on se retrouve comme un long retour chez soi. Ces rêves qui nous éloignent de la stérilité actuelle de notre quotidien anonyme sur la grande place des nations. C’est notre devoir d’abolir ces distances et de passer outre à nos corporatismes respectifs. Notre devoir absolu de conjuguer la possibilité d’être à l’impératif de devenir. C’est seulement ainsi que nous pourrons bâtir notre pays et saisir notre destin en tant que peuple.

Quel sera le rôle du MNQ le 5 septembre? Animé de cette volonté d’amener le mouvement social vers le projet de pays, le Nouveau Mouvement pour le Québec entend continuer à contribuer à cette tâche, sans quoi l’idée de pays risque de rester une simple idée. Et le pays, un simple rêve. Évidemment que le projet de pays ne pourra aboutir que lorsque les forces indépendantistes accéderont au pouvoir à Québec. L’indépendance est un projet politique et c’est le politique qui nous aidera, nous, citoyens, à nous donner les outils pour qu’on s’y conduise.

Aujourd’hui, nous sommes persuadés que cet objectif est à portée de main. Nous nous réjouissons que ce soit le cas. Mais nous savons, sans partisanerie aucune, que si le pouvoir politique est la clé qui peut ouvrir cette porte vers le pays, ce n’est que dans la mesure où, porté par un mouvement social mobilisé, que les Québécois pourront franchir cette porte. Tant que l’indépendance n’est pas faite, le Nouveau Mouvement pour le Québec va continuer à travailler d’arrache-pied pour qu’elle se fasse. Nous avons pris de gros risques depuis un an. Et nous sommes encore prêts à en prendre pour la liberté du Québec.

Jocelyn Desjardins

Porte-parole du NMQ


4 Commentaires


  1. Pierre-Luc Garno

    retour en arrière pénible. Nous avions mis tant d’espoirs en vous et votre mouvement, grâce à votre vitalité, votre jeunesse, votre détermination et votre sens de l’organisation. Dommage que vous en soyez arrêté à une présence sporadique.

  2. unnouveaumouvement

    Il fallait venir nous aider. Mais nous n’avons pas fini.

  3. Manifeste fantastique.Nécessaire et démoccratique.Nouveau lecteur de l’Action Nationale depuis déc.2011 ,j’ai lu avec avidité tous les numéros de 2012.Tous ces articles convergent vers votre appel à la Souveraineté québécoise et à une coalition multipartisanne pourvu que la Souveraineté soit SOUVERAINE. Je vais essayer de répandre la bonne nouvelle.Après avoir rencontré le très crédible Jean Martin Aussant j’ai décidé de m’impliquer dans ce parti pour lequel je vais voter puisqu’il réunit absolument l’essentiel de vos idées.

  4. Merci pour ce retour sur votre année de précieux engagement social.

    Je suis tellement ravie de lire ou d’entendre quelqu’un qui place notre rêve d’indépendance avant tout autre objectif que je vous appuierai toujours dans vos démarches visant à faire avancer honorablement cette cause.

    Gardons l’espoir !

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