Le congrès de convergence nationale : un rendez-vous nécessaire

10 mai, 2013  |  Blogue

Par Atïm León, membre du comité directeur du congrès de Convergence nationale, de l’exécutif du NMQ et conseiller syndical à la FTQ

Dans quelques jours aura lieu le premier congrès de convergence du mouvement indépendantiste. Le but de ce rendez-vous est de contribuer à répondre à deux grandes questions. La première, que nous appelons la question de la convergence nationale, consiste à savoir de quelle façon le mouvement indépendantiste peut se doter d’une stratégie commune, voire d’un socle de revendications communes. La deuxième, que nous appelons la question de la convergence électorale, consiste à savoir de quelle façon organiser des ententes électorales permettant aux trois partis indépendantistes de devenir majoritaires à l’Assemblée nationale.

Ces deux questions sont devenues incontournables pour le mouvement souverainiste qui continue, malheureusement, de se penser comme s’il se trouvait dans le cycle politique de 1980 ou de 1995.

De tout ce qui a changé au cours de la dernière décennie, relevons qu’il y a maintenant trois partis qui revendiquent, à juste titre, une stratégie et une philosophie d’action différentes et qui cherchent à se partager le vote indépendantiste et progressiste. Par ailleurs, on a aussi vu proliférer les organismes citoyens faisant la promotion de la souveraineté. Ce regain d’activisme, qu’il soit partisan ou non, est une bonne nouvelle en-soi. Il contribue à enrichir le mouvement, à le diversifier et à élargir sa portée.

Mais, cette prolifération est au moins aussi lourdement chargée de menaces. La première d’entre elles est la possibilité que, convaincu qu’il n’a pas d’identité propre en dehors des partis, le mouvement s’enfonce dans les querelles de tranchées et la partisannerie.

Or, justement, nous sommes des dizaines de bénévoles engagés dans cette aventure d’organiser un congrès ouvert à tous les indépendantistes, sans discrimination partisane ou idéologique, parce que nous pensons que ce danger menace gravement notre mouvement.

Nous proposons ce rendez-vous comme l’affirmation de l’existence non partisane du mouvement indépendantiste. Contrairement à l’image qui se dégage de l’histoire contemporaine du Québec, le projet souverainiste n’appartient pas à un parti et il n’appartiendra pas plus à plusieurs partis. Les militants indépendantistes et leurs organisations non partisanes doivent exister sur une base autonome, en dehors des logiques partisanes et malgré elles.

Or, parce qu’elle place la patrie avant les partis ‑ comme le dit si bien Bernard Landry ‑ notre proposition n’est pas faite pour plaire à tous. Remarquez que depuis que notre équipe de bénévoles a annoncé la tenue de ce congrès, les trois partis se sont éloignés, chacun à leur façon, de la possibilité de conclure des ententes électorales.

C’est pourquoi nombre d’observateurs pensent que ce congrès de Convergence nationale est devenu inutile. Nous ne le croyons pas, au contraire. Que les partis refusent de s’associer à cette démarche ne nous relève pas de notre responsabilité collective de poser le problème de l’unité d’action dans le respect de la diversité politique et d’y réfléchir. Il faut faire avancer le mouvement souverainiste dans son ensemble et l’aider à composer avec son hyper partisanisation.

S’agissant d’ententes électorales nous savons que la réflexion doit se libérer des contraintes de l’esprit partisan tout en respectant certaines conditions d’équité. La première de celles-ci étant que les ententes doivent conduire à des gains concrets pour chacun des trois partis. Elles ne doivent pas porter sur des circonscriptions déjà détenues par le PQ et QS ou, éventuellement, par ON, mais plutôt sur celles qu’il faudrait ajouter à la députation actuelle. La deuxième condition étant d’offrir aux petits partis la possibilité de réaliser en partie la plateforme pour laquelle ils demandent le soutien populaire.

Peut-être que notre discussion n’aura aucun impact sur le prochain rendez-vous électoral. Mais nous croyons que cette convergence électorale s’imposera tôt ou tard comme une condition nécessaire de l’évolution du mouvement souverainiste. Et nous croyons aussi qu’il appartient à la société civile de faire une proposition en ce sens aux trois partis.

Une autre condition de cette évolution devrait être un socle de revendications communes à la majorité des acteurs souverainistes. Lorsque les indépendantistes des années 60 et 70 ont fait le pari d’investir la scène politique à l’aide d’un parti, ils ont fait le calcul de l’unité. C’est dans cet esprit que le Rassemblement pour l’indépendance nationale (RIN) s’est rallié à une coalition plus grande que lui-même, appelée Parti québécois, et non sans difficultés à une stratégie commune, « l’étapisme ». Celle-ci, plutôt que « l’élection référendaire », proposait d’abord un bon gouvernement provincial avant une consultation populaire sur l’indépendance.

Voilà plus de 40 ans que le mouvement indépendantiste évolue dans le cadre de cette stratégie. C’est pourquoi, dans la conjoncture actuelle, après deux défaites référendaires et après l’éclatement du pari de l’unité partisane la question mérite d’être reposée : s’agit-il toujours de la bonne stratégie?

De toute évidence, les propositions stratégiques faites par QS et ON s’écartent de ce statu quo. Chacun à sa manière, ces deux partis proposent de s’éloigner d’un processus ayant l’étrange caractéristique de n’être constitué que d’un seul volet : le déclenchement d’un référendum dont la question et la date sont seulement connus de l’exécutif d’un gouvernement du PQ majoritaire. Nous préférons appeler cela du « référendisme » plutôt que de l’étapisme.

Face à ce qui ressemble désormais à trois propositions distinctes de stratégies menant le Québec à l’indépendance, il est urgent de réfléchir aux conditions de l’unité du mouvement dans le respect de sa diversité, c’est-à-dire aux conditions d’une convergence nationale.

Nous pensons qu’en ce qui concerne notre avenir national, chaque militant de l’indépendance doit assumer des responsabilités et faire acte de volontarisme. C’est l’esprit qui anime plusieurs dizaines de bénévoles qui, dans l’ombre, s’activent pour préparer ce congrès et la raison pour laquelle ils invitent l’ensemble des indépendantistes à y participer les 24, 25 et 26 mai à l’UQAM.

Pour plus d’informations : www.convergencenationale.org

 


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