Discours d’ouverture – Québec – 25 septembre, 10h20

27 septembre, 2011  |  Non classé

DISCOURS D’OUVERTURE DE JOCELYN DESJARDINS
(la version prononcée fait foi)

Bonjour, je vous remercie d’être ici aujourd’hui.

Permettez-moi de me présenter: je me nomme Jocelyn Desjardins. Je ne suis pas un politicien ; je suis un citoyen comme vous, un militant comme vous.
Me sentant étouffé par le carcan de la ligne de parti et des débats clos avant même que la question soit réglée, j’ai choisi de recouvrer ma liberté de parole. Et j’ai choisi de me mettre au travail pour que vous aussi, tous et toutes, tel que vous êtes, avec vos idées, vos désirs, vos qualités et vos défauts, la repreniez aussi, cette liberté de parole.

Le Nouveau Mouvement pour le Québec, c’est vous ! C’est vous qui pouvez nourrir le mouvement par vos commentaires; c’est vous, beaucoup plus que n’importe qui dans sa tour d’ivoire.

C’est vous qui êtes capables de redonner au mouvement indépendantiste son assise dans le réel, dans le plausible et dans le prochainement. C’est vous qui pouvez le faire parce que vous incarnez le Québec réel.

L’espoir et l’avenir, le déblocage de nos impasses, c’est vous qui l’incarnez et je suis très heureux que vous ayez répondu à l’appel. Le Québec qui se prend en main et qui prend en main son propre avenir, le Québec qui exprime bien fort ses désirs et ses rêves; le Québec qui se met à l’ouvrage pour qu’ils se réalisent; c’est vous, c’est nous.

Ce n’est pas vrai que ce sont les partisans du statu quo comme François Legault qui incarnent le changement au Québec. Jean Charest dirige aussi le plus mauvais gouvernement de l’histoire du Québec, c’est vrai. Mais on ne veut pas seulement changer un mauvais gouvernement, par surcroît impuissant, par un gouvernement qu’on espère moins mauvais mais qui sera tout aussi impuissant.

À l’heure actuelle, on est pris avec un partage des pouvoirs tellement dysfonctionnel que personne ne peut soumettre de projet politique enlevant. Et la population ressent un certain immobilisme au Québec ? Évidemment qu’elle ressent un certain immobilisme au Québec ! Il existe !

À l’heure actuelle, alors que nos jeunes s’intéressent plus que jamais à ce qui se passe dans le monde, le terrain de jeu du Québec, c’est le Conseil de la fédération, et son interlocuteur, c’est le Nouveau-Brunswick. Est-ce que vous voulez vraiment avoir comme interlocuteur le Nouveau-Brunswick ou la Grande-Bretagne? Pour parler au monde des solutions que nous avons pour lui, préférez-vous le Conseil de la fédération ou les Nations-Unies?

À l’heure actuelle, pour participer aux affaires du monde, il faut devenir Canadien. Pour offrir des solutions aux crises économiques, il faut être Canadien. Au Québec, l’intendance d’un État déconstruit et corrompu; au Canada, les affaires importantes du monde. Pour être écologiste par exemple, il faut être Canadien… dans un état pétrolier!

Or, les Québécois d’aujourd’hui sont moins Canadiens que n’importe quelle génération avant eux. Et on constate qu’ils s’abstiennent aux élections ? Évidemment qu’ils s’abstiennent aux élections! Évidemment que le provincialisme, c’est trop petit pour eux ! Évidemment que le canadianisme, ils n’en ont rien à cirer !

Ce n’est pas une bonne raison de s’abstenir, mais il faut reconnaître que le problème, ce n’est pas seulement le gouvernement. C’EST LE RÉGIME
En effet, c’est un loi élémentaire de la vie politique :

On ne défend pas ce qu’on aime pas. Nos crises de la Conscription, c’est ça! Notre cynisme envers un état qui ne nous appartient pas, c’est ça! Nos faibles taux de participation aux élections, c’est ça! Ce n’est pas seulement un changement de gouvernement que nous voulons : C’EST UN CHANGEMENT DE RÉGIME

Ce n’est pas vrai que les citoyens du Québec sont désabusés. Dégoûtés par ce qui se passe et par ce gouvernement en déliquescence ? Oui ! Déçus par ce qu’on leur propose ? Oui ! Mais quand on est déçu, c’est parce qu’on désire plus. Qu’on désire mieux. Ce plus et ce mieux, on peut l’esquisser tous ensemble. Et on doit le faire pour qu’on sorte de nos blocages au Québec. Et ça, c’est tout le contraire d’être désabusé.

Il y en a certains qui veulent abolir les partis politiques, on l’a vu via un article dans Le Devoir.

Ce n’est pas les partis qu’il faut abolir, mais la dictature des égos. Dans un Québec où tout le monde est persuadé d’avoir la meilleure idée ou d’être le meilleur chef, c’est difficile fédérer! C’est difficile de faire un pays. Prenons-en conscience et ce, le plus rapidement possible pour s’éviter d’autres écueils.

J’aimerais saluer la présence de Martine Ouellette, députée de Vachon pour le Parti Québécois à notre Assemblée Nationale. Je suis très heureux qu’elle soit ici pour écouter ce que vous avez à dire.

Aujourd’hui, c’est notre deuxième assemblée citoyenne. Lors de notre assemblée de Montréal, il y avait des militants du Parti Québécois, il y avait des représentants de Québec Solidaire. Il y avait des militants du parti indépendantiste. Il y avait des gens qui ne se retrouvent dans aucun parti politique. Il y avait Jean-Martin Aussant, qui a depuis fondé un parti politique. En fait, parmi les 450 personnes et plus, il y avait quatre députés mais il n’y avait pas de députés du Parti Québécois. Et c’était dommage.

Nous ne voulons pas nous chicaner. Nous voulons discuter. Nous voulons le faire en toute franchise et en tout respect. Alors donc, merci d’être là, Martine Ouellet.

Depuis notre assemblée de Montréal, le 21 août dernier, bien des choses ont été dites sur notre compte. En fait, sur votre compte à vous tous. Pour certains, parler franchement, c’est semer la chicane. Pour eux, exister, c’est se diviser. Vous l’aurez remarqué, depuis près d’un mois, on n’a pas répondu. On ne voulait pas s’insérer dans un débat comme celui-là. Nous ne voulons pas nous chicaner, nous voulons redonner aux Québécois le goût du pays. Nous voulons susciter le désir. Et nous voulons recréer un espace de liberté.

L’unité, ce n’est pas la contrainte, le « tais-toi », le « rentre dans le rang ». L’unité, c’est quelque chose qui est librement consenti. L’unité et la liberté, ça va de pair.

On est entre amis. Et entre nous, on ne se contera pas d’histoires. Environ 40 % de la population québécoise dit souhaiter que le Québec devienne un pays. Mais aucun parti indépendantiste ne recueille plus de la moitié de leur appui. Vous pouvez vous en réjouir, vous pouvez le déplorer, mais au bout du compte vous devez le reconnaître : on l’a vu lors de la dernière élection fédérale, lorsque l’indépendance n’est pas sur la table, les indépendantistes se sentent libres de voter pour des partis fédéralistes. C’est triste, mais c’est comme ça : au bout du compte, ce qui conditionne le vote, c’est ce qui est sur la table.

Notre cause, c’est pas mal plus grand que n’importe quel parti politique. On peut appuyer le programme de gouvernance de tel parti, on peut en appuyer un autre, on peut même n’en appuyer aucun, et on peut être indépendantiste en même temps. Là-dessus, on peut s’entendre malgré nos différends.
Les programmes des partis et l’indépendance de notre nation, ce sont deux enjeux différents. On n’aurait peut-être pas dit cela il y a 40 ans, mais aujourd’hui, il faut reconnaître que c’est la réalité.

La grande question qu’on doit se poser, c’est : qu’est-ce qu’on fait avec ça ? Je le répète: qu’est-ce qu’on fait avec ça?

Eh bien, on fait de la politique qui sort de l’ordinaire et qui sort des clivages partisans. C’est ce qu’on vous invite à faire aujourd’hui.

Le Nouveau Mouvement pour le Québec n’est pas un nouveau parti politique indépendantiste. Il en existe déjà trois. Bientôt quatre. Nous ne présenterons pas de candidats aux prochaines élections. Nous ne pouvons donc pas diviser les votes.

Nous sommes un mouvement citoyen, c’est tout. Loin de diviser, nous pouvons unir et réunir. Réunir des indépendantistes qui militent dans des partis politiques différents. Réunir des indépendantistes qui ne se retrouvent dans aucun parti. Faire en sorte que tout ce beau monde se parle. Et cela, sans la chape de plomb de la ligne de parti ou du calcul partisan.

Nous pouvons réfléchir ensemble et confronter nos idées. Nous pouvons dégager des perspectives d’avenir pour le mouvement indépendantiste.
Finalement, et c’est le plus beau, nous pouvons constater que nous avons plusieurs points communs même si on vient d’horizons politiques différents.
Unir, ça ne signifie pas se taire. Unir, ça ne veut pas dire faire semblant qu’on s’entend en tout. Au contraire, quand on est en désaccord, qu’on trouve que rien ne bouge au Québec et qu’on semble bloqués de partout, on a le droit de le dire. En fait, c’est plus qu’un droit, c’est notre devoir de citoyen.

Avant de s’unir, il faut identifier ce sur quoi on s’entend, Mais pour ça, il faut tout mettre sur la table et il faut nommer ce sur quoi on ne s’entend pas. Autrement, ce n’est pas de l’unité. C’est de la contrainte et ça ne survit pas aux coups durs. On le voit ces temps-ci.

Bref, c’est une façon de faire de la politique qui est bien différente de ce à quoi on est habitué. C’est assez loin des querelles partisanes et du « hors de mon parti, point de salut ». On peut comprendre qu’il y ait des résistances. Pour plusieurs, c’est insécurisant. Ça sort de l’ordinaire, c’est vrai. Et c’est normal que ça sorte de l’ordinaire. Céer un pays, ça sort de l’ordinaire aussi. Et, de vous à moi, l’ordinaire, on en a soupé parce qu’il n’est pas très beau ni inspirant.

La rencontre d’aujourd’hui, c’est plus qu’une rencontre de consultation. C’est une assemblée citoyenne. C’est différent. Ce sont des citoyens qui ont pris le risque de débattre de questions importantes dans un manifeste, qui ont accepté de le signer, ont appelé d’autres citoyens à en débattre tel que nous le ferons aujourd’hui.
Ce n’est donc pas une opération de relations publiques. Tout part d’une intention louable et véritable…

Puisque c’est une assemblée citoyenne d’un mouvement et non d’un parti, il n’y a aucune contrainte. On peut parler de tout. On peut prendre toutes les libertés. En fait, on doit prendre toutes les libertés. On doit faire entrer le plus d’oxygène possible, par la grande porte.

Donc, aujourd’hui, vous êtes libres de vous exprimer. Dans le climat de morosité qu’on connaît, la parole citoyenne, c’est une bouffée d’air frais. Et ça bouscule, et ça active.

Avez-vous remarqué que des partis politiques ont récemment décidé de qualifier de « citoyennes » les rencontres qu’ils tiennent ? Avez-vous remarqué qu’un certain mouvement a décidé de sortir des salons cossus d’Outremont pour aller voir les gens ? Avez-vous remarqué que deux partis politiques ont réhabilité le terme « indépendance » qu’ils avaient jeté aux oubliettes ?

Avez-vous remarqué que, suite à notre assemblée de Montréal, des partis politiques adversaires ont accepté l’idée de tenir des états généraux pour voir comment on peut tous travailler ensemble à le faire, ce pays qui sera le nôtre ?

C’est cela, un mouvement citoyen. Ça peut sembler désordonné parfois, hasardeux par moment. C’est normal, nous sommes des citoyens, pas des professionnels de la politique, et on tient nos assemblées sans filtre ou filet. Mais c’est vrai, c’est honnête, et ça parait, et à cause de cela, c’est dynamique et ça fait bouger même ceux qu’on pouvait croire paralysés.

Ce matin, on discutera de l’avenir du Québec sur le plan énergétique. Cet après-midi, on discutera, sur la base de notre manifeste Brisons l’impasse, de la façon de sortir le Québec de ses blocages, de la façon de faire en sorte qu’il advienne, « ce pays qui n’en finit pas de ne pas naître », comme le disait Miron. Et on discutera aussi de démocratie, de la place du citoyen dans notre société.

On le fera en toute liberté. Le NMQ ne peut pas vous imposer de ligne de pensée. Après tout, le NMQ, c’est vous ! Et on le fera en tout respect aussi. Les insultes, ça ne sert à rien.

Et en plus, même si on n’est pas toujours d’accord, le vrai adversaire, il n’est pas ici dans la salle. Il ne faut pas l’oublier.

En terminant, je voudrais remercier tous ceux qui ont travaillé pour que cette extraordinaire rencontre se tienne. C’est une petite équipe, elle a pour seuls moyens son enthousiasme et sa force de travail, mais elle a travaillé fort et bien.

Une assemblée comme aujourd’hui, ça coûte des sous. Il y a un petit groupe de bénévoles, pas nécessairement argentés, qui ont avancé de leur poche les sommes nécessaires pour l’organisation de l’assemblée, louer la salle, le matériel, faire les copies des documents, ce genre de choses. Un peu plus tard, des bénévoles vont passer le chapeau pour tenter de couvrir les frais. Je vous invite à faire montre de générosité : si on se cotise tous un peu, personne n’aura à assumer un coût prohibitif et c’est ce que je souhaite. Et si on dégage un petit surplus, il servira entièrement à financer d’autres événements.

Parce qu’après aujourd’hui, il y a un demain pour le Nouveau Mouvement pour le Québec. Des assemblées citoyennes, il y en aura d’autres. À Gatineau, on va parler de langue dans trois semaines. À quinze minutes à pied de l’Ontario, c’est tout un défi pour eux ! À Sherbrooke, on va parler de ce Québec jeune et nouveau qui a des idées sur le rôle que notre pays pourrait jouer dans le monde.

Un peu partout, dans plusieurs régions, des gens nous ont contacté pour embarquer et travailler à ce que les indépendantistes exercent leur liberté de parole dans leur région aussi.

Des grosses assemblées; des rencontres plus petites, mais partout des gens qui veulent de l’air frais, qui sont prêts à se remettre à l’ouvrage.

Avant de céder la parole à mon collège Daniel Breton, du mouvement MCN21, j’aimerais dire ceci. Il y a quelques années, alors que je travaillais pour Greenpeace, le regretté Jack Layton et moi avons discuté plusieurs heures ensemble à Toronto, alors que nous nous étions rencontrés par hasard. M. Layton était curieux du Québec et voulait connaître ma vision des choses sur le statut du Québec à l’UNESCO, sur la situation constitutionnelle, sur l’air du temps politique. Au fil de la discussion, Jack Layton m’a demandé ce que je pensais de Daniel Breton. Je lui ai répondu ce que vous pensez sans doute aujourd’hui:

Daniel Breton est un formidable bagarreur. Un formidable communicateur. Des gens comme lui, on en a besoin pour bâtir un pays.

Je le pensais ce jour-là et je le pense encore. Mon cher Daniel, je te laisse la parole.
-30-


Les commentaires ne sont pas permis pour ce billet.

faire un don