Discours de cloture – Québec – 25 septembre

27 septembre, 2011  |  Non classé

(La version prononcée fait foi.)

Chers amis, on a de quoi être fiers. J’ai beaucoup apprécié notre rencontre d’aujourd’hui. C’est notre deuxième assemblée citoyenne au NMQ. Deux assemblées complètement différentes.

À Montréal, nous étions plus de 450 personnes. Il y avait une fièvre, un effet de foule, quelque chose de grisant. Ici, à soixante, c’était plus intimiste, plus convivial.

Mais nous tenions à ce que notre prochaine rencontre soit ici, dans notre Capitale-Nationale. Et on a fait le bon pari.

Parce que la rencontre d’aujourd’hui était tout aussi intéressante, peut-être même davantage à certains égards.

Comme c’était moins intimidant, on a pu entendre des gens qui n’ont pas l’habitude de parler en public. Ça, c’est une énergie qui ne s’était jamais manifestée et qui a été libérée aujourd’hui. Et comme il y avait moins de monde, vous avez pu vous exprimer plus longuement, plus complètement, et débattre entre vous. C’était très riche, la rencontre d’aujourd’hui.

Extrait de la webdiffusion

Et j’ai compris qu’un tel espace de liberté était particulièrement important ici. Plusieurs ont mentionné l’environnement de communication difficile, les radios poubelles, les radios de combat. Un combat permanent contre nous. On l’a expérimenté en constatant le peu de place qu’on nous y a faite. On peut comprendre que dans un tel climat, il y a des gens qui sont intimidés et qui n’osent pas parler. Aujourd’hui, vous l’avez fait. C’est spontanément que vous êtes venus.

Le Nouveau Mouvement pour le Québec n’a pas de membres, pas de moyens, pas de machine pour mobiliser. Notre force n’est pas là. Le NMQ, ce n’est rien d’autre qu’un espace de liberté, un espace d’échange, un espace de débat.

Vous l’avez vu dans le texte Un nouvel espace public québécois dont on parlait tout à l’heure, on a pris acte des consensus qui se sont dégagés à Montréal. Des consensus, il y en a eu aujourd’hui aussi.

Dans la salle, il y a des gens qui souscrivent à des partis politiques différents. Et pourtant, on s’est beaucoup plus comportés comme des alliés que comme des adversaires. On n’est pas d’accord en tout. Et quand on ne l’est pas, il faut le dire. Et on l’a fait. Mais quand on oublie nos egos, qu’on s’écoute les uns les autres, on peut travailler ensemble.

Je note la grande civilité des débats, le respect dont vous avez fait montre et je vous en remercie. Vraiment ! On va consigner tout cela d’une manière plus systématique mais, pour l’immédiat, voici ce que je retiens.

Il y a une inquiétude quant à la situation du français, on l’a sentie, on l’a entendue. Et venant d’un Montréalais, sentir que Québec est avec nous, ça fait du bien.

On a trop souvent joué Québec contre Montréal, tenté de nous monter les uns contre les autres pour diviser et affaiblir le Québec. C’est ensemble qu’on le fera, ce pays. On le fera ensemble ou on ne le fera pas.

Je suis heureux qu’on ait eu l’occasion de dire pourquoi on a choisi le terme “ indépendance ”. Le 20 mai 1980 ou le 30 octobre 1995, notre peuple était souverain. Il pouvait, souverainement, décider de devenir indépendant s’il le voulait. Cette souveraineté que notre peuple possédait il y a 31 ans, qu’il possédait y a 16 ans, il la possède encore aujourd’hui. Mais il n’est pas indépendant. Et c’est pour cela que nous parlons d’indépendance plutôt que de souveraineté.

J’ai noté un grand désir d’unité, et je constate que cette unité, elle est possible. Au-delà des divergences, on s’est tous entendus pour dire que l’indépendance du Québec, c’est le peuple du Québec qui la fera. On s’est tous entendus pour dire que le citoyen devait revenir au cœur du projet. On a tous pu constater que les raisons de vouloir faire du Québec un pays pouvaient varier d’une personne à l’autre mais que ça ne nous empêchait pas de vouloir travailler ensemble à le faire. Et c’est tant mieux ! Avouons que c’est encourageant pour l’avenir !

Il y a une inquiétude, une inquiétude sur la stratégie à adopter pour trouver le moyen d’unir nos forces. L’unité, ce n’est pas l’uniformité. Peut-être que les états généraux seront l’occasion de la définir, cette stratégie. Là-dessus, continuez à réfléchir, continuez à manifester votre désir d’unité, continuez à vous élever au-dessus des lignes partisanes.

On a constaté que le désir de se réapproprier nos institutions démocratiques était vif. J’ai senti une soif de démocratie, et cette soif-là, elle est très vive. La démocratie, c’est autre chose que la partisanerie.

Il y a de la colère, il y a de la déception au Québec. Au NMQ, on a fait le pari que derrière cette colère et cette déception, il y avait un désir d’autre chose, quelque chose de mieux, quelque chose de grand. On a fait le pari que ce désir de changement, c’était plus qu’un désir de changer le gouvernement.

Et avec le faible taux de participation qu’on constate aux élections, j’ai tendance à penser qu’on a raison de demander plus qu’un changement de gouvernement. Qu’il faut remettre le projet d’indépendance à l’avant-scène.

Il y a des gens qui voulaient qu’on parle de langue, on le fera à Gatineau le 16 octobre. Il y a des gens qui voulaient qu’on parle d’économie, on le fera le 30. On vous entend et vous nous faites avancer.

Entre-nous, il n’y a pas que les militants indépendantistes qui ont besoin d’une bouffée d’air frais. Le Québec tout entier en a besoin. Du côté fédéraliste aussi, on étouffe. En fait, ce n’est que chez-nous qu’on débat. Chez-eux, c’est l’omertà. C’est le désert des idées. Enfermés dans le Canada, on manque d’air !

Il s’est passé quelque chose aujourd’hui. La rencontre a commencé lentement, vous hésitiez à prendre la parole. Et puis ça a levé. Ce matin, il y avait des personnes dans une salle. Cet après-midi, après avoir spontanément décidé de prendre un repas ensemble, nous formions un groupe. Un lien s’est développé durant la journée.
Aussi, je lance un appel. Je lance un appel à tous les indépendantistes : remobilisez-vous ! Il y a une soif d’action, on l’a vu. Une soif de liberté, on l’a vu. Profitez-en !

J’appelle les citoyens du Québec à faire comme nous. Je les appelle à organiser eux aussi des assemblées citoyennes. Je les appelle à le faire dans toutes les régions, dans toutes les communautés du Québec. Je les appelle aussi a entrer en relation avec nous. Nous vous aiderons. Appelez-nous ! Réappropriez-vous le débat ! Votre parole retrouvée, utilisez-là pour permettre à vos concitoyennes et vos concitoyens de reprendre la parole eux aussi.

Et je lance un appel aux partis politiques indépendantistes. Je sais que vous ne vous entendez pas sur tout, que les stratégies divergent. Mais il y a une chose sur laquelle vous vous entendez : revenir au citoyen par l’entremise des assemblées constituantes. Élevez-vous au-dessus de vos divergences ! Concluez des ententes stratégiques, peu m’importe la forme qu’elles prendront ! Notre cause est plus grande que n’importe quel parti politique. Il faut que ça paraisse dans notre façon de faire.

Je le disais d’entrée de jeu ce matin : faire un pays, ce n’est pas un geste ordinaire. Aussi, ça demande de faire de la politique hors de l’ordinaire. Aujourd’hui, nous sommes sortis de l’ordinaire et nous continuerons à le faire.

Toutes les crises commencent avec des révélateurs et finissent avec des révélations. Il y a quelque chose qui est en train de se passer au Québec et vous en êtes la révélation.

Après quinze ans à somnoler, je sens qu’on est à l’aube d’un réveil. Continuez et nous l’aurons, notre pays, et plus vite qu’on pense.

Merci et à la prochaine !


1 Commentaire


  1. Bravo! C’est un pas vers la bonne direction! « On est [8] millions, faut s’parler… . » Collectivement, en délibérant, nous l’aurons notre Pays! – DC

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